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La France contemporaine (1945–2026)

Prologue

Paris, été 1945. Suzanne, vingt-sept ans, attendait le bus sur la place de la République. Autour d’elle, des immeubles éventrés, des trous d’obus dans les façades, des affiches tricolores annonçant la reconstruction. Dans son cabas, elle portait un pot de confiture — son seul bien précieux, obtenu par le boucher en échange de trois heures de queue.

Suzanne avait vécu l’Occupation, les alertes, les tickets de rationnement. Elle avait vu son père arrêté par les gendarmes parce qu’il était juif. Il n’était jamais revenu. Elle avait vu les Alliés débarquer, la Libération, les femmes tondues accusées de collaboration. Maintenant, elle cherchait du travail.

Cherbourg, femmes accusées de collaboration tondues par des résistants dans un camion, 14 juillet 1944

Cherbourg, 14 juillet 1944. Des femmes accusées de collaboration, tondues, sont exhibées dans un camion par des résistants. Phénomène d'« épuration sauvage » qui toucha des milliers de femmes à la Libération.

  • United States Army Signal Corps (USASC) — CC0 Paris Musées / Musée de la Libération de Paris
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Elle trouva une place de sténodactylo (le mot fait sourire aujourd’hui, mais c’était un métier de bureau respectable pour une femme) dans une administration qui sortait de terre, la Sécurité sociale. Elle ne le savait pas encore, mais elle allait vivre le plus grand bond en avant de l’histoire de France.

Groupe de secrétaires sténodactylos travaillant dans un bureau à Washington D.C., années 1930

Un pool de sténodactylos à Washington D.C., vers 1937 — image illustrant le travail de bureau féminin après-guerre

  • Harris & Ewing / Library of Congress
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Les Trente Glorieuses (1945–1973)

La reconstruction

La France de 1945 comptait 500 000 bâtiments détruits ou endommagés, 7 000 ponts de chemin de fer hors d’usage, 20 000 km de voies ferrées impraticables. La production industrielle atteignait à peine 40 % de son niveau de 1938 ; le pays avait perdu entre un quart et un tiers de son capital national [1].

Rue Pont-Mortain à Lisieux en ruines après les bombardements alliés de juin 1944

Lisieux (Calvados) après les bombardements alliés de juin 1944. Des centaines de milliers de bâtiments furent détruits ou endommagés en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

1935193619371938193919401941194219431944194519461947194819491950Année0102030405060708090100110Indice (1938 = 100)Indice de la production industrielle française (1938 = 100)

Indice de la production industrielle française, base 100 en 1938, de 1935 à 1950

Face à cette situation catastrophique, la reconstruction s’organisa sur des bases entièrement nouvelles. Le Conseil national de la Résistance, dans son programme de 1944, avait prévu une « démocratie économique et sociale ». Les grandes nationalisations commencèrent : les Houillères (1945), EDF-GDF (1946), Renault (1946), les banques (1946), Air France (1948). L’État devenait entrepreneur et planificateur.

Illustration d'une usine française du XIXe siècle tirée d'un livre de 1959

« La France au travail : Une usine », illustration de livre anonyme, 1959 — Musée Carnavalet, Paris

  • Anonyme / Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Paris Musées
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Le Plan Monnet (1947) fixa des objectifs de production pour les secteurs clés : charbon, acier, électricité, ciment, transports. Avec l’aide du Plan Marshall — programme lancé par les États-Unis fournissant 2,6 milliards de dollars américains entre 1948 et 1952 pour la reconstruction économique européenne — la France se releva vite. En 1950, cinq ans après la guerre, la production industrielle avait dépassé le niveau de 1938.

L’État-providence

En 1945, l’ordonnance du 4 octobre créa la Sécurité sociale. Pour la première fois, la majorité des personnes salariées étaient couvertes contre les risques de la maladie et de la vieillesse, des accidents du travail et des dépenses liées à la maternité. Le système reposait sur le principe de solidarité : les jeunes cotisaient pour les vieux, les bien-portant·es pour les malades [2].

La Sécurité sociale devint la grande fierté de la France d’après-guerre. À la différence du système allemand de Bismarck (limité aux travailleur·euses salarié·es depuis les années 1880) ou du système britannique de Beveridge (prestations forfaitaires), le modèle français visait l’universalité progressive et la gestion paritaire entre syndicats et patronat. Dès 1945, la Sécurité sociale couvrait l’ensemble des travailleur·euses salarié·es sur les risques principaux, sans condition de ressources ni plafond de cotisation pour certaines branches. Cette ambition universaliste distingua la France de la plupart de ses voisins européens, qui peinèrent à généraliser une couverture aussi complète avant les années 1970. La couverture fut ensuite étendue par étapes : aux exploitant·es agricoles en 1961, aux travailleur·euses indépendant·es en 1966, et finalement à l’ensemble de la population résidente au cours des décennies suivantes.

Le baby-boom

Entre 1945 et 1973, la population française connut un essor annuel d’environ 0,9 %, passant de 40 millions en 1945 à 52 millions en 1973. On appelait ce phénomène le baby-boom : après les privations de la guerre, les couples faisaient plus d’enfants, plus tôt. Le Code de la famille (1939), renforcé après-guerre, encourageait les naissances par les allocations familiales et des avantages fiscaux pour les familles nombreuses. Les familles de trois, quatre ou cinq enfants redevinrent la norme.

170017201740176017801800182018401860188019001920194019601980200020202040Année0510152025303540455055606570Population (millions)Évolution de la population française (1700–2024)

Population de la France métropolitaine en millions d'habitants, 1700–2024

Cette génération — les « baby-boomeur·euses » — allait transformer la France : trop nombreux pour entrer dans des écoles vétustes, e·ils réclamèrent des lycées, des universités, des logements, des emplois. La France dut construire en masse.

La société de consommation

Dans les années 1950 et 1960, la France découvrit le confort moderne : le réfrigérateur, la machine à laver, la télévision et l’automobile devinrent les équipements standards de la majorité des foyers français.

Renault 4 (1967–1974) — voiture emblématique de la société de consommation française

Renault 4, produite de 1961 à 1992. La « 4L » fut l'une des voitures les plus populaires de France, symbole de l'équipement automobile des ménages pendant les Trente Glorieuses.

L’équipement des ménages français progressa de manière spectaculaire [3] : le réfrigérateur, présent dans 10 % des foyers en 1954, équipait les trois quarts des familles en 1970 ; l’automobile — la 2CV, la 4L, la DS, icônes françaises — passa de 20 % à plus de 60 % des ménages ; la télévision, de 1 % à 70 % durant la même période.

19541955195619571958195919601961196219631964196519661967196819691970Année01020304050607080Ménages équipés (%)AutomobileMachine à laverRéfrigérateurTélévisionseriesPart des ménages français équipés, en pourcentage, 1954–1970

Part des ménages français possédant chaque appareil, en pourcentage, 1954–1970

Les grands ensembles — des barres de logements sociaux construites à la périphérie des villes — logèrent des millions de familles. Sarcelles, Créteil, Vénissieux devinrent des villes nouvelles, accueillant celles et ceux qui quittaient les campagnes ou les bidonvilles.

Vue de grands ensembles du quartier Villejean à Rennes (France) — barres d'habitation alignées

Grands ensembles du quartier Villejean à Rennes. Construits en périphérie des grandes villes dans les années 1960–1970, ces barres d'habitation devaient loger les familles nombreuses de l'après-guerre.

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L’exode rural s’accéléra : en 1945, 40 % des Français·es vivaient de l’agriculture ; en 1975, e·ils n’étaient plus que 10 %. Les paysan·nes devenaient ouvrier·ères dans l’industrie ou employé·es dans les services. Les campagnes se vidaient, les villes grossissaient.

194019421944194619481950195219541956195819601962196419661968197019721974197619781980Année0510152025303540455055Part de la population active (%)AgricultureIndustrieServicesseriesRépartition de la population active par secteur (1945–1975)

Part de la population active française dans l'agriculture, l'industrie et les services, 1945–1975

L’égalité pour les femmes : des avancées contrastées

Le 21 avril 1944, le droit de vote fut accordé aux femmes ; elles votèrent pour la première fois aux élections municipales d’avril 1945. Le 10 mai 1946, la Constitution de la IVe République proclama l’égalité des droits entre hommes et femmes.

Les femmes entrèrent massivement sur le marché du travail : 35 % des femmes actives en 1954, 50 % en 1975. Cependant, elles restaient moins payées, cantonnées aux emplois de bureau, d’enseignement, de soins

AgricultureCommerceFonction publiqueIndustrieServicesSecteur01020304050607080PourcentagePart des femmesÉcart salarial (F…groupPart des femmes et écart salarial par secteur (1975)

Part des femmes dans chaque secteur et écart de salaire médian femmes/hommes, France, 1975

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Derrière ces inégalités persistantes, le droit du travail progressait timidement. Le congé maternité (14 semaines) fut instauré par la Sécurité sociale, mais la contraception et l’avortement restaient interdits. L’accès à l’indépendance économique des femmes demeurait un combat inachevé.

La décolonisation (1946–1962)

La guerre d’Indochine

Dès 1946, la France tenta de reprendre le contrôle de l’Indochine, qu’elle avait perdue pendant la guerre. Le Việt Minh, ligue pour l’indépendance du Vietnam fondée en 1941 par des nationalistes communistes, dirigé par Hô Chi Minh (1890–1969), résista farouchement. Après huit ans de guerre coûtant la vie à 75 000 soldats français et des milliards de francs, la défaite de Diên Biên Phu en 1954 marqua l’échec total de l’administration coloniale française en Indochine. La France perdait son plus vieil empire colonial en Asie [4].

Victoire du Việt Minh à la bataille de Diên Biên Phu — soldats vietnamiens brandissant le drapeau du Front Việt Minh sur la position française capturée, 1954

Soldats du Việt Minh hissant le drapeau sur une position française à Diên Biên Phu, 1954. Archives photographiques du Việt Minh.

  • Archives nationales du Vietnam / Wikimedia Commons
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Ce traumatisme eut des conséquences profondes : discrédit de l’armée française, crise politique (chute du gouvernement Laniel en juin 1954), et prélude à la guerre d’Algérie. La défaite convainquit une partie de l’opinion que la décolonisation était inéluctable, mais une autre partie en tira la leçon inverse : qu’il fallait se battre plus durement pour garder les colonies.

La guerre d’Algérie (1954–1962)

Le traumatisme de la guerre d’Indochine ne put empêcher un autre conflit colonial sanglant.

L’Algérie n’était pas une colonie comme les autres : départements français depuis 1848 et habitée par un million de pieds-noirs (Français·es d’origine européenne), elle faisait partie intégrante de la République. La carte ci-dessous illustre la division départementale de l’Algérie française en 1954, à la veille du déclenchement de la guerre d’indépendance. Pourtant, la société algérienne vivait sous un régime de ségrégation de fait : les neuf millions d’Algérien·nes musulman·es disposaient de droits politiques réduits (collège électoral séparé, sous-représentation à l’Assemblée nationale), subissaient des inégalités salariales institutionnalisées (le « double salaire » avantageant les Européen·nes), et voyaient leurs terres confisquées au profit des colons. L’accès à l’éducation, à la santé et aux fonctions publiques leur était largement fermé. Le nationalisme algérien, réprimé depuis les massacres de Sétif (1945), mûrissait dans la clandestinité, alimenté par les indépendances des pays voisins (Maroc, Tunisie, 1956) et par l’humiliation quotidienne du système colonial.

Collage de photographies de la guerre d'Algérie — soldats, colons, manifestations, Algériens

La guerre d'Algérie (1954–1962) vue à travers plusieurs scènes : manifestants algériens, patrouilles de l'armée française, colons européens, et le discours de de Gaulle « Je vous ai compris ».

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Le 1er novembre 1954, le FLN (Front de Libération Nationale) déclencha une série d’attentats. La guerre qui suivit fut une guerre sale : torture pratiquée par l’armée française — systématique, organisée, justifiée par la nécessité de « faire parler » les suspects —, attentats du FLN contre les civils pieds-noirs, déplacements de populations (2 millions de paysan·nes algérien·nes parquées dans des camps par l’armée française), exécutions sommaires des deux côtés. Près de 400 000 Algérien·nes (combattant·es et civils) périrent, ainsi que 25 000 soldats français et 6 000 civils européens [5].

Photographie de la bataille d'Alger — soldats français patrouillant dans la Casbah d'Alger, 1957

Parachutistes français dans la Casbah d'Alger pendant la bataille d'Alger, 1957.

  • Armée française / ECPAD
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La guerre divisa profondément la société française. En 1958, le putsch des généraux d’Alger ramena de Gaulle au pouvoir, qui fonda la Ve République. De Gaulle, réaliste, comprit que l’indépendance était inévitable. Des négociations secrètes s’ouvrirent dès 1960 avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Elles aboutirent aux accords d’Évian, signés le 18 mars 1962. Le cessez-le-feu fut immédiat ; un référendum d’autodétermination organisé le 1er juillet 1962 approuva l’indépendance à 99,7 % des voix. En 1962, après les accords d’Évian, l’Algérie devint indépendante. 900 000 pieds-noirs et 80 000 harkis (supplétifs algériens de l’armée française) durent quitter l’Algérie pour la France, souvent dans des conditions tragiques.

Cérémonie de communion solennelle chez des pieds-noirs espagnols à Sidi-Bel-Abbès, début du XXe siècle — photographie de famille d'une communauté européenne d'Algérie

Famille pied-noire à Sidi-Bel-Abbès, début du XXe siècle. En 1962, près de 900 000 pieds-noirs et 80 000 harkis durent quitter l'Algérie pour la France.

  • Collection particulière / Wikimedia Commons
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L’immigration post-coloniale

La décolonisation s’accompagna d’une immigration massive des anciennes colonies vers la France. Dans les années 1960-1970, des centaines de milliers de travailleur·euses algérien·nes, marocain·es, tunisien·nes, sénégalais·es, malien·nes vinrent travailler dans les usines, le bâtiment, les mines — les « Trente Glorieuses » avaient besoin de bras.

1950–19591960–19691970–19791980–19891990–1999Décennie0100200300400500600700800Immigré·es arrivé·es (milliers)Nombre d'immigré·es arrivé·es en France par décennie (1950–2000)

Nombre d'immigré·es (en milliers) installé·es en France par décennie, 1950–2000. Sources : INSEE, Recensements de la population.

E·ils vivaient souvent dans des bidonvilles (Nanterre, Saint-Denis), puis dans des foyers Sonacotra, dans des conditions de logement indignes. Leurs enfants — la « deuxième génération » — grandirent dans les cités HLM (Habitations à Loyer Modéré) construites à la hâte en périphérie des grandes villes. Ces quartiers, pensés comme des solutions provisoires, se dégradèrent rapidement : manque de transports, d’équipements publics, d’espaces verts. L’école républicaine, censée être le grand intégrateur, peinait face à des classes surchargées, au décrochage scolaire et aux discriminations à l’embauche qui frappaient les jeunes issu·es de l’immigration dès leur sortie du système éducatif.

Bidonville à Nanterre dans les années 1960 — baraques en tôle et en bois, habitants sur le pas de leur porte

Bidonville de Nanterre (La Folie), années 1960. Des milliers de travailleur·euses immigré·es vécurent dans ces conditions indignes.

  • Photographie d'archives / Collection particulière
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Entre deux cultures, les immigré·es, y compris leurs enfants né·es en France, subissaient des discriminations à l’embauche, au logement et dans l’accès aux services publics
Diplôme supérieurEmploi précaire (CD…Propriétaires logem…Taux de chômageTaux de pauvretéIndicateur051015202530354045505560PourcentageImmigré·esNon-immigré·esgroupInégalités entre immigré·es et non-immigré·es en France (2010–2020)

Indicateurs d'inégalités : taux de chômage, pauvreté, accès au logement, France

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De Mai 68 aux avancées féministes : la libération des mœurs

La révolte de Mai 1968 accéléra les mutations culturelles

En mai 1968, une contestation étudiante partie de l’université de Nanterre gagna la Sorbonne, puis tout Paris. Les étudiant·es protestaient contre les conditions d’étude, la société de consommation, la guerre du Vietnam, l’autorité patriarcale — contre « le monde tel qu’il est », résumé dans un slogan célèbre : « Il est interdit d’interdire. »

Barricades du Quartier latin à Paris lors des manifestations de Mai 68 — pavés arrachés, voitures renversées, manifestants dans la rue

Barricades dans le Quartier latin à Paris, Mai 68. Les nuits des 10 et 11 mai 1968 virent des centaines de barricades érigées par les étudiant·es.

  • Photographie de presse / Archives nationales
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Les 10 et 11 mai, la nuit des barricades au Quartier latin : les étudiant·es construisirent des barricades avec les pavés arrachés, et la police chargea. Des centaines de personnes furent blessées. Le 13 mai, les syndicats appelèrent à une grève générale de 24 heures pour soutenir les étudiant·es — et la grève s’étendit à tout le pays. 9 millions de grévistes occupèrent leurs usines, un record mondial [6].
Cinq ouvriers devant leur usine occupée dans le sud de la France, juin 1968

Usine occupée par les ouvriers, juin 1968. La grève générale de mai–juin 1968 mobilisa 9 millions de grévistes et paralysa le pays, un record mondial.

Le gouvernement de Gaulle sembla paralysé. Le 29 mai, de Gaulle s’envola pour Baden-Baden, en Allemagne, rencontrer le général Massu — on ne sait toujours pas exactement ce qui fut dit. Le 30 mai, de retour, il annonça la dissolution de l’Assemblée nationale. Dans les élections qui suivirent, la peur du « chaos » poussa la droite à une large victoire.
Centre (PDM)FGDS (gauche)PCFRI (centr-droit)UDR (gaullistes)Parti politique051015202530354045Voix (%)Résultats des élections législatives de 1968

Part des voix obtenues aux élections législatives françaises de juin 1968 par principale formation politique.

La crise se termina, mais les mutations culturelles étaient irréversibles. 1968 accéléra la libération des mœurs, le féminisme, l’écologie, la contestation de l’autorité sous toutes ses formes.

Les mouvements féministes marquèrent les années 1970

Les années 1970 furent une décennie de libération pour les femmes. Le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) , né en 1970, organisa des actions spectaculaires : dépôt de gerbes à la femme du soldat inconnu, manifestes, meetings. Le 5 avril 1971, le Manifeste des 343 — 343 femmes, dont des célébrités, déclarant avoir avorté — brisa le tabou.

Graffiti « Slogan IVG » à Corbières — inscription murale revendiquant le droit à l'avortement, en référence au combat des années 1970

Slogan mural pour le droit à l'avortement à Corbières. Le Manifeste des 343, publié le 5 avril 1971 par Le Nouvel Observateur, brisa le tabou de l'IVG en France.

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La loi Neuwirth (1967) autorisa la contraception — mais elle ne fut vraiment appliquée qu’à partir de 1974. La loi Veil (17 janvier 1975) dépénalisa l’interruption volontaire de grossesse (IVG) pour une durée de cinq ans, à titre expérimental. Simone Veil, ministre de la Santé, porta la loi devant une Assemblée nationale majoritairement masculine, subissant des insultes et des attaques personnelles. La loi fut définitivement pérennisée en 1979.

Portrait officiel de Simone Veil, ministre de la Santé, en 1974

Simone Veil, ministre de la Santé, qui porta la loi dépénalisant l'IVG devant l'Assemblée nationale en 1974.

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Le divorce par consentement mutuel fut autorisé en 1975. Le viol fut reconnu comme crime en 1980. Les femmes gagnèrent du terrain dans tous les domaines : dans l’enseignement supérieur, elles représentaient 47 % des étudiant·es en 1970 contre 37 % en 1960 ; dans les professions libérales, leur part doubla entre 1970 et 1990 ; en politique, la loi sur la parité n’existait pas encore, mais des figures comme Simone Veil, Françoise Giroud ou Yvette Roudy imposèrent leur présence au gouvernement.
Françoise Giroud, secrétaire d'État à la Condition féminine, 1974

Françoise Giroud (1916–2003), journaliste et femme politique, secrétaire d'État à la Condition féminine sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing (1974–1976).

Portrait d'Yvette Roudy, ancienne ministre française

Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme (1981–1986), figure du féminisme politique sous la présidence de François Mitterrand.

La France contemporaine (1981–2026)

L’alternance historique du pouvoir

En 1981, François Mitterrand fut élu président de la République — le premier président de gauche de la Ve République. Son programme : nationalisations, retraite à 60 ans, 5e semaine de congés payés, abolition de la peine de mort, libéralisation des radios, impôt sur les grandes fortunes.

L’abolition de la peine de mort

Sous la Ve République, la peine de mort était régulièrement prononcée pour les crimes les plus graves — assassinats, meurtres d’enfants, crimes politiques et militaires en temps de guerre, trahison. La sentence était exécutée par guillotine, en place publique jusqu’en 1939, puis dans la cour des prisons. L’opinion publique y restait majoritairement favorable : 62 % des Français·es s’y déclaraient encore attaché·es en 1981.

La dernière exécution eut lieu le 10 septembre 1977, à la prison des Baumettes à Marseille. Le condamné, Hamida Djandoubi, citoyen tunisien, avait été reconnu coupable d’un meurtre avec violences ayant entraîné la mort. Personne ne le savait encore, mais il serait le dernier guillotiné de l’histoire de France.

La France était alors un des derniers pays d’Europe occidentale à appliquer encore la peine capitale. L’Italie l’avait abolie dès 1889 (hors période fasciste) ; l’Allemagne de l’Ouest en 1949 ; le Royaume-Uni l’avait suspendue en 1965 ; le Portugal en 1976 ; l’Espagne en 1978 (sauf pour les militaires) ; la Belgique n’avait exécuté personne depuis 1950. La France, patrie des Droits de l’Homme, traînait un héritage que ses voisins avaient déjà abandonné.

Le 9 octobre 1981, l’Assemblée nationale vota l’abolition après un discours historique du garde des Sceaux, Robert Badinter. L’ancien avocat, qui avait sauvé plusieurs accusé·es de la guillotine, prononça un plaidoyer resté dans les mémoires : « Je vous demande, au nom de ma conscience, au nom de mon devoir, de ne pas laisser la France traîner ce boulet sanglant. » Le vote fut acquis par 363 voix contre 117.

Portrait de Robert Badinter, garde des Sceaux, artisan de l'abolition de la peine de mort en France

Robert Badinter, garde des Sceaux, prononçant le discours historique pour l'abolition de la peine de mort à l'Assemblée nationale, le 17 septembre 1981.

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La décision de Mitterrand et Badinter fut un acte de courage politique, fondé sur la conviction que l’État ne devait pas disposer du droit de donner la mort — y compris contre l’avis de la majorité de l’opinion. La loi fut définitivement inscrite dans la Constitution en 2007, sous la présidence de Jacques Chirac, rendant désormais impossible tout retour en arrière.

Les grandes réformes de Mitterrand

Le premier mandat de François Mitterrand (1981–1988) mit en œuvre un programme social d’une ampleur inédite sous la Ve République. Porté par une majorité de gauche, il engagea un ensemble de réformes structurelles : les nationalisations (1982) concernèrent 39 banques et 5 groupes industriels (Saint-Gobain, Pechiney, Rhône-Poulenc, Thomson et CII-Honeywell Bull) ; la retraite à 60 ans (1983) permit aux salarié·es de partir plus tôt ; la 5e semaine de congés payés (1982) allongea les vacances ; la semaine de 39 heures (1982) réduisit le temps de travail sans perte de salaire. L’impôt sur les grandes fortunes (IGF, 1982) — ancêtre de l’ISF — introduisit une taxation des patrimoines les plus élevés. Les radios libres furent légalisées (1981), mettant fin au monopole d’État sur la radiodiffusion.

Vue de l'Arc de Triomphe et des Champs-Élysées — scène urbaine parisienne emblématique

Paris, années 1980. La France des Trente Glorieuses laissait place à une société urbaine modernisée, marquée par la crise économique et le chômage.

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La crise économique des années 1980

Ces réformes sociales se heurtèrent à un contexte économique dégradé. La France subissait de plein fouet les conséquences des deux chocs pétroliers (1973 et 1979) : l’inflation dépassait 13 % en 1981, la croissance ralentissait, et le chômage, qui touchait 500 000 personnes en 1974, atteignit 2 millions en 1983, puis 3 millions en 1993. La désindustrialisation, accélérée par la concurrence internationale, frappait durement les bassins miniers et sidérurgiques du Nord et de l’Est.

197419751976197719781979198019811982198319841985198619871988198919901991199219931994Année012345678910111213Taux de chômage (%)Taux de chômage en France (1974–1994)

Taux de chômage en France métropolitaine, en pourcentage de la population active, 1974–1994

Confronté à la dégradation des comptes publics et aux pressions des marchés financiers, le gouvernement Mauroy opéra un « tournant de la rigueur » en mars 1983 : la France renonça à une politique de relance isolée et choisit de rester dans le système monétaire européen. Ce choix — préférer la contrainte européenne à une politique économique nationale — structura la vie politique française pour les décennies suivantes. La gauche au pouvoir géra désormais l’austérité qu’elle avait dénoncée sous la droite, un paradoxe qui alimenta la désillusion d’une partie de son électorat.

La première cohabitation politique

La période 1986–1988 vit la première cohabitation : un président de gauche (Mitterrand) et un Premier ministre de droite (Jacques Chirac). Le système, redouté, fonctionna sans crise constitutionnelle. Le partage des rôles se fit selon une règle implicite : le président conservait la diplomatie et la défense (domaine réservé), le Premier ministre dirigeait la politique intérieure. Mitterrand et Chirac, rivaux personnels et adversaires politiques, trouvèrent un modus vivendi pragmatique — consultation sur les nominations sensibles, compromis sur les textes majeurs, mais aussi affrontements ouverts pendant les campagnes électorales. L’expérience montra que la Ve République pouvait absorber une opposition de fait entre l’exécutif et le législatif.

Portrait de François Mitterrand, président de la République, lors d'une conférence européenne dans les années 1980

François Mitterrand, premier président de gauche de la Ve République (1981–1995). La première cohabitation (1986–1988) avec Jacques Chirac comme Premier ministre montra la souplesse des institutions.

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La construction d’une Europe unifiée

L’idée d’une Europe unie naquit des ruines de la Seconde Guerre mondiale. Comment rapprocher des nations qui s’étaient affrontées pendant des siècles — la France et l’Allemagne en particulier ? Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, proposa de mettre en commun les productions de charbon et d’acier de la France et de l’Allemagne, sous une autorité supranationale. Cette Déclaration Schuman, conçue avec Jean Monnet, posa le principe fondateur : « Rendre la guerre non seulement impensable, mais matériellement impossible. » La Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) , créée en 1951 par six pays (France, Allemagne de l’Ouest, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), fut le premier pas. Le traité de Rome (1957) élargit la coopération à l’ensemble de l’économie avec la création de la Communauté économique européenne (CEE) .

Portrait de Jean Monnet, 1967

Jean Monnet (1888–1979), artisan de la déclaration Schuman et père fondateur de la construction européenne.

Portrait de Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, août 1949

Robert Schuman (1886–1963), ministre des Affaires étrangères, auteur de la déclaration du 9 mai 1950 qui fonda la Communauté européenne du charbon et de l'acier.

Photographie du traité de Rome (1957) exposé — document fondateur de la Communauté économique européenne

Le traité de Rome, signé le 25 mars 1957 par six pays (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), instituant la Communauté économique européenne.

  • Union européenne / Archives historiques
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Des décennies plus tard, Jacques Delors, président de la Commission européenne (1985–1995), relança l’intégration avec une ambition renouvelée. L’Acte unique (1986) acheva le marché intérieur en supprimant les dernières barrières douanières et en harmonisant les normes. Le traité de Maastricht (1992) créa l’Union européenne, instaura une citoyenneté européenne, posa les bases de la monnaie unique et d’une politique étrangère commune. L’euro fut adopté comme monnaie comptable en 1999, mis en circulation en 2002, remplaçant le franc qui avait accompagné la France depuis 1795. La politique agricole commune (PAC) , créée dès 1962, demeura le premier poste budgétaire européen et un pilier de l’agriculture française.
Portrait de Jacques Delors, président de la Commission européenne, 1993

Jacques Delors (1925–2023), président de la Commission européenne (1985–1995), artisan de l'Acte unique et du traité de Maastricht.

L’unification européenne divisait profondément les Français·es. Pour certaines, elle représente la paix, la prospérité et la puissance diplomatique collective face aux géants américain et chinois. Pour les autres, elle représente une technocratie bruxelloise et la perte de souveraineté nationale. Le traité de Maastricht en 1992 ne fut approuvé qu’à 51 % par référendum, malgré l’appel au « oui » du président François Mitterrand, des principaux partis de gouvernement (PS, RPR, UDF) et de la quasi-totalité des médias. En 2005, le référendum sur le traité constitutionnel européen fut rejeté par 55 % des votant·es — un camouflet pour le président Jacques Chirac, les directions du PS et de l’UMP, qui avaient appelé à voter « oui », tandis que le « non » était porté par une coalition hétéroclite réunissant l’extrême gauche (LCR, PCF), l’extrême droite (Front national) et une partie des souverainistes.
Constitution europé…Maastricht (1992)Référendum0510152025303540455055Voix exprimées (%)NonOuigroupRésultats des référendums européens en France (1992 et 2005)

Proportion des voix exprimées pour les référendums sur le traité de Maastricht (1992) et le traité constitutionnel européen (2005), en France.

L’âge d’Internet et la transformation numérique

La révolution numérique en France commença avec le lancement du Minitel en 1982 par l’administration des Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT), ancêtre de France Télécom et de La Poste. Il fut l’un des premiers services en ligne grand public au monde — annuaire électronique, messagerie, réservations, services bancaires. Jusqu’à 9 millions de terminaux furent installés dans les foyers français.

Terminal Minitel — écran monochrome et clavier, symbole des premières communications numériques en France dans les années 1980

Terminal Minitel, lancé en 1982 par les PTT. Jusqu'à 9 millions de foyers français furent équipés de ce service en ligne avant l'essor d'Internet.

  • Musée des Arts et Métiers / CNAM
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Tim Berners-Lee inventa le World Wide Web, communément appelé Internet, au CERN en 1989. Il fut adopté rapidement en France au milieu des années 1990, supplantant le Minitel. Là où le Minitel était un réseau national fermé, centralisé et facturé à la durée de connexion, Internet était un espace ouvert, mondial et multimédia — images, vidéos, son — où chaque personne pouvait publier, consulter et échanger librement. En 2023, 93 % des habitant·es en France âgé·es de 15 ans ou plus utilisaient Internet.

1994199619982000200220042006200820102012201420162018202020222024Année0102030405060708090100Utilisation d'Internet (%)Part des Français·es utilisant Internet (1995–2024)

Pourcentage de la population française âgée de 15 ans et plus utilisant Internet, 1995–2024

La transformation numérique bouleversa la vie française : le commerce en ligne créa de nouvelles opportunités pour les entrepreneur·es ; le télétravail permit à davantage de personnes d’accéder à un plus grand choix de postes ; les médias numériques, les réseaux sociaux et la myriade de services en ligne, publics comme privés, transformèrent la vie quotidienne. Dans le même mouvement, l’administration française accéléra sa numérisation : déclaration d’impôts en ligne, dossier médical partagé, carte d’identité électronique et dématérialisation des démarches administratives.

Vue du quartier d'affaires de La Défense à Paris — gratte-ciel modernes, symbole de la France numérique et économique

Le quartier d'affaires de La Défense à Paris, symbole de la transformation économique et numérique de la France contemporaine.

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La France produisit des licornes technologiques (BlaBlaCar, Doctolib, Deezer, Back Market) et compta des fleurons dans l’intelligence artificielle (Mistral AI) et la cybersécurité (Ledger). Cependant, le pays dépendait encore largement des géants américains pour l’infrastructure numérique, les systèmes d’exploitation et les plateformes, et peinait à faire émerger un champion européen du cloud ou des moteurs de recherche.
Montage des logos de licornes françaises : BlaBlaCar, Doctolib, Deezer, Back Market, Mistral AI, Ledger

La France a produit des licornes technologiques (BlaBlaCar, Doctolib, Deezer, Back Market) et des fleurons dans l'intelligence artificielle (Mistral AI) et la cybersécurité (Ledger).

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La société française au XXIe siècle

La France du XXIe siècle est un pays riche — avec un PIB par habitant d’environ 44 000 dollars, parmi les plus élevés du monde. Cependant, elle est aussi un pays profondément inégalitaire : les 1 % les plus riches possèdent autant que les 70 % les plus pauvres. Le taux de pauvreté (9,3 millions de personnes, soit 14 % de la population) stagne depuis vingt ans. Un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté [7] [8].

La France du XXIe siècle est aussi un pays vieillissant : l’espérance de vie atteint 82 ans à la naissance, tandis que 21 % de la population a plus de 65 ans en 2024, contre seulement 12 % en 1970.

1970197219741976197819801982198419861988199019921994199619982000200220042006200820102012201420162018202020222024Année0246810121416182022Population de 65 ans et plus (%)Part des 65 ans et plus dans la population française (1970–2024)

Proportion de la population française âgée de 65 ans ou plus, en pourcentage, 1970–2024

1970197219741976197819801982198419861988199019921994199619982000200220042006200820102012201420162018202020222024Année0102030405060708090Espérance de vie (années)FemmesHommesseriesEspérance de vie à la naissance en France (1970–2024)

Espérance de vie à la naissance, population totale, France métropolitaine, 1970–2024

La France du XXIe siècle est aussi un pays divers : environ 10 % de la population est immigrée (dont la moitié venue d’Afrique), et 20 % a au moins un parent immigré. La France est d’ailleurs le pays d’Europe qui compte la population musulmane la plus importante — environ 5 millions de personnes — héritage de l’histoire coloniale et des vagues d’immigration.

Descendant·es d'i…Immigré·esNatifs DOM-TOMNi immigré·e ni d…Non déterminéPopulation française selon l'origine migratoire (2021)

Répartition de la population vivant en France métropolitaine selon le lien avec l'immigration. Source : INSEE, Enquête Emploi 2021.

Autres religionsChristianismeIslamNon déclaréSans religionAppartenance religieuse déclarée en France (2020)

Répartition de la population française selon l'appartenance religieuse déclarée. Sources : INSEE, Eurobaromètre 2019, IFOP 2020.

La France du XXIe siècle est aussi un pays qui se débat toujours avec son identité. Les attentats de 2015 (Charlie Hebdo, 7 janvier ; le Bataclan, 13 novembre) ont rouvert des blessures : le débat sur la laïcité, sur l’islam, sur l’héritage colonial, sur l’immigration est permanent — parfois violent, souvent stérile, parce que les positions s’y crispent autour d’identités inconciliables et que la recherche de faits objectifs cède le pas aux affirmations idéologiques.

Boulevard Richard-Lenoir à Paris, lieu où le policier Ahmed Merabet a été assassiné le 7 janvier 2015

Boulevard Richard-Lenoir (Paris, 11e arrondissement) — lieu de l'assassinat du policier Ahmed Merabet après l'attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015

Les défis français du XXIe siècle

La France du XXIe siècle doit faire face à des défis multiples.

La transition écologique est devenue une priorité nationale et européenne. Le pays s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, avec la fermeture programmée des centrales à charbon, le développement des énergies renouvelables et la rénovation thermique des bâtiments. Le plan France 2030, avec 54 milliards d’euros d’investissements, illustre cette ambition. Les premiers résultats restent malheureusement contrastés : les émissions de gaz à effet de serre baissent, trop lentement pour respecter les objectifs de l’accord de Paris.

Parc d'éoliennes en France — développement des énergies renouvelables dans le cadre de la transition écologique

Parc éolien en France. Le pays s'est engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 avec le développement des énergies renouvelables.

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La transition démographique pèse sur la finance publique et le système de santé. Avec un taux de fécondité de 1,8 enfant par femme (2023), la France restait le pays le plus fécond d’Europe, mais le vieillissement accélérait le déséquilibre entre personnes actives et retraités. Le système social, conçu dans les années 1940 pour une population jeune et en croissance, devait s’adapter à une société où plus d’un quart de la population aurait plus de 65 ans en 2030 [9].
Couple de personnes âgées souriant, portant des sacs à dos, en extérieur

Personnes âgées actives — un couple de seniors voyageant, illustration du vieillissement actif de la population française

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Les inégalités sociales demeurent. Le mouvement des « Gilets jaunes » en 2018 et 2019, né d’une contestation contre la hausse des taxes sur les carburants, révéla une fracture profonde entre les grandes métropoles mondialisées et les territoires périurbains et ruraux, frappés par le déclin des services publics, la précarité et le sentiment de déclassement. La réforme des retraites en 2023, qui recula l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, provoqua des mois de contestation sociale, symptôme du dilemme français : financer un État-providence généreux dans une société vieillissante.

Manifestation des Gilets jaunes — foule de manifestants portant des gilets jaunes dans une rue de ville française

Manifestation des Gilets jaunes. Le mouvement, né en novembre 2018, révéla une fracture profonde entre métropoles et territoires périurbains.

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L’identité nationale et la laïcité républicaine restent au cœur des débats. Les attentats djihadistes de 2015 et 2016 et l’assassinat du professeur Samuel Paty en 2020 relancèrent les discussions sur l’intégration, la liberté d’expression et la place de l’islam dans la société française. La loi confortant le respect des principes de la République (2021), dite « loi séparatisme », visait à renforcer la laïcité face aux ingérences étrangères et aux pressions communautaristes, sans parvenir à apaiser les tensions.

Rassemblement place de la République à Paris en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, 7 janvier 2015

Rassemblement en hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo, place de la République à Paris, le 7 janvier 2015. Les attentats de janvier et novembre 2015 firent 147 morts et rouvrirent le débat sur la laïcité et l'islam en France.

La souveraineté européenne est toujours à défendre. La guerre russo-ukrainienne, déclenchée en 2022 et toujours active, révéla la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie et la dépendance militaire vis-à-vis des États-Unis. La France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, se trouva en première ligne pour défendre l’Europe dans le monde diplomatique, face aux puissances étrangères comme les États-Unis et la Chine.

Soldats ukrainiens en position de combat — groupe tactique Revanche, 2025

Combattant·es du groupe tactique Revanche (HUR MOU) en position de combat durant la guerre russo-ukrainienne, déclenchée en 2022.

  • Groupe tactique Revanche / Wikimedia Commons
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Ces défis ne sont pas propres à la France. Mais leur conjonction — et l’intensité des débats qu’ils suscitent — fait de ce début de siècle une période charnière et essentielle pour l’avenir de la France.

Épilogue : l’Histoire avec une grande « H » est une histoire sans fin

L’histoire de France n’est ni un beau roman ni une fresque édifiante. Elle est faite de fractures, de souffrances, de guerres, de réconciliations, d’avancées et de reculs. Elle est marquée par la question toujours ouverte de l’égalité — entre hommes et femmes, entre classes sociales, entre Français·es d’origine et Français·es d’adoption, entre la métropole et ses anciennes colonies.

Suzanne, la jeune femme du prologue, est morte en 2020, à cent deux ans, entourée de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. Elle avait vu la France ruinée de 1945 devenir un pays moderne, riche, complexe, divisé, vivant. Elle avait voté pour la première fois aux élections municipales de 1945 — elle avait alors vingt-sept ans. Elle avait vu ses filles et ses petites-filles jouir de droits qu’elle n’avait pas eus. Elle avait vu les trains à vapeur de son enfance — encore la norme dans les années 1940 — remplacés par le TGV, le Minitel par Internet, le franc par l’euro.

L’histoire de France continue de s’écrire, sans fin prévue. Il n’y eut jamais, il n’y a pas et il n’y aura jamais un·e auteur·e unique : elle est ce que les générations successives en feront — avec leurs espoirs, leurs douleurs, leurs combats, leurs défaites et leurs victoires. La question posée depuis la Révolution française — que signifie être libre, égaux et fraternel·les ? — reste aussi actuelle qu’en 1789. C’est à chaque génération d’y répondre, dans son temps, avec ses moyens.

L’histoire de la France est maintenant à nous d’écrire.