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Premiers humains en France

Les premiers humains en France

Quand les premiers humains sont arrivé·es en France ?

Ce qu’on sait depuis longtemps, c’est que les humains sont arrivé·es sur le territoire qu’on appelle la France aujourd’hui bien avant que le nom « France » n’apparaisse. Le mot « France » vient du latin Francia, qui signifie « pays des Francs ». Les Francs étaient un peuple germanique qui s’est installé en Gaule après la chute de l’Empire romain. Sous Clovis Ier (vers 481–511 EC), ils unifièrent une grande partie de la Gaule. Après le traité de Verdun en 843, la partie occidentale de l’Empire franc devint la Francie occidentale (Francia Occidentalis), qui évolua progressivement pour devenir le royaume de France. Auparavant, ce territoire s’appelait la Gaule (Gallia en latin). Le nom « France » désignait d’abord spécifiquement la région de l’Île-de-France autour de Paris, avant de s’étendre à l’ensemble du royaume.

Ce qu’on ne savait pas avant les progrès scientifiques récents, c’est l’époque et les conditions sous lesquelles les premier·ères humain·es sont arrivé·es.

Pendant des siècles, en Europe, l’explication dominante des origines humaines était fondée sur les récits bibliques. Selon le livre de la Genèse, Dieu créa Adam et Ève directement, et toute l’humanité descendit de ce couple originel. Au XVIIe siècle, l’archevêque James Ussher calcula que la Création avait eu lieu en 4004 AEC, ce qui donnait à la Terre et à l’humanité un âge d’environ 6 000 ans seulement. Cette chronologie courte fut largement acceptée en Europe et façonna la manière dont les gens concevaient la préhistoire : les outils ou ossements anciens découverts dans des couches géologiques profondes étaient souvent ignorés ou réinterprétés pour cadrer avec ce récit.

La compréhension scientifique des origines humaines a commencé à prendre forme au XIXe siècle. En 1859, Charles Darwin publia L’Origine des espèces, démontrant que les espèces évoluent par sélection naturelle. En 1871, il étendit cette théorie à l’humanité dans La Filiation de l’homme. La découverte des fossiles de Néandertal en 1856, puis d’autres fossiles humains archaïques à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, confirma que l’humanité avait une histoire évolutive bien plus longue que ne le suggéraient les textes religieux.

Dans les années 1940, Willard Libby inventa la datation au Carbone 14, une méthode révolutionnaire qui permit pour la première fois de dater des matières organiques anciennes. Mais le Carbone 14 a une limite : sa période de désintégration (5 730 ans) fait qu’après environ 50 000 ans, il ne reste plus assez d’isotopes pour une mesure fiable. Cette méthode pouvait donc dater les sites relativement récents — ceux de la fin du Paléolithique — mais pas les plus anciens. Pour remonter plus loin, il fallait d’autres techniques : la résonance de spin électronique (ESR), la thermoluminescence, l’uranium-thorium et le paléomagnétisme, développées à partir des années 1960 et 1970. Ce sont ces méthodes qui ont finalement permis de dater les sites les plus anciens et de révéler que les premiers humains étaient arrivés en France bien plus tôt qu’on ne l’imaginait — sur l’échelle du million d’années, et non de la dizaine de milliers.

Cinq sites préhistoriques il y a un million d’années

Aujourd’hui, nous connaissons cinq sites préhistoriques en France datés entre 1 et 1,2 million d’années [1] :

  1. Le Bois-de-Riquet, à Lézignan-la-Cèbe (Hérault) — 1,2 Ma, découvert en 2008
  2. La grotte du Vallonnet, à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes) — 1,15 Ma, découverte en 1958
  3. Terre-des-Sablons, à Lunery-Rosières (Cher) — 1,15 Ma
  4. Pont-de-Lavaud, à Éguzon-Chantôme (Indre) — 1,05 Ma
  5. Pont-de-la-Hulauderie, à Saint-Hilaire-la-Gravelle (Loir-et-Cher) — 1 Ma

Ces sites s’étendent du sud méditerranéen jusqu’au centre de la France, ce qui suggère que les premières populations humaines ne se limitaient pas à un refuge côtier, mais exploraient déjà l’intérieur des terres dès leur arrivée. Tous ces niveaux archéologiques sont associés à des industries de type oldowayen (Mode 1) : de simples galets aménagés et des éclats de silex, sans biface ni outil sophistiqué.

Un monde disparu

À quoi ressemblait l’environnement de ces premier·ères Français·es ? Les analyses polliniques de la grotte du Vallonnet nous offrent une image saisissante. Il y a un million d’années, le climat était plus chaud qu’aujourd’hui, avec des forêts de chênes et de pins là où se trouvent désormais les villes de Menton et Monaco. La grotte surplombait une baie méditerranéenne aux eaux tropicales, peuplées de poissons aujourd’hui disparus de nos côtes [2].

Les humains de cette époque n’étaient pas au sommet de la chaîne alimentaire. Les ossements retrouvés dans la grotte du Vallonnet portent davantage les marques de dents de grands carnivores — tigres à dents de sabre, hyènes des cavernes, ours — que de traces d’outils humains. Les humains y entraient probablement comme charognard·es, brisant les os avec leurs galets aménagés pour en extraire la moelle, pendant l’absence temporaire des prédateurs.

Les premier·ères humain·es de France, à quoi e·ils ressemblaient ?

Actuellement, nous connaissons très peu de choses sur l’apparence physique des premiers humains en France avant l’Homme de Tautavel (environ 570 000 à 400 000 ans [3]), car nous n’avons pas encore trouvé de fossiles de ces anciens humains datant d’un million d’années. Nous avons inféré leur existence uniquement à partir des outils de pierre excavés et des os d’animaux marqués, en supposant que les humains sont les seuls animaux capables de fabriquer des outils si élaborés [4].

Les plus anciens fossiles humains découverts en France restent ceux de la caune de l’Arago à Tautavel, attribués à Homo heidelbergensis (parfois classé comme Homo erectus tautavelensis). Mais qui étaient les humains du million d’années ? Étaient-e·ils des Homo erectus archaïques venu·es d’Afrique ? Des Homo antecessor, comme ceux découverts en Espagne à la Sierra de Atapuerca ? Faute de fossiles, le mystère reste entier. Ce que nous savons, c’est qu’e·ils maîtrisaient déjà la taille du silex et parcouraient de vastes territoires, bien avant que le feu ne soit domestiqué en Europe, aux alentours de 400 000 ans AEC [5].